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L’église médiévale de Théza. Premières données archéologiques issues d’un sondage dans le chœur

(J. Bénézet)

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Le 25 juillet 2002, le déplacement de l’autel majeur de l’église médiévale de Théza a entraîné la découverte d’un reliquaire (aussi appelé lipsanothèque) et d’une épitaphe, tous deux situés à l’intérieur de sa base maçonnée. Cette importante découverte a été à l’origine d’une fouille archéologique du chœur de cette église, effectuée sous ma responsabilité en novembre 2002.

La fouille a permis d’individualiser trois bâtiments successifs parfaitement superposés, correspondant à autant de phases qui ont marqué la vie de ce secteur depuis plus d’un millénaire.
Toutefois, il ne nous a pas été possible de parvenir jusqu’au sol naturel : une occupation antérieure au bâtiment le plus ancien que nous avons identifié est une possibilité tout à fait envisageable. En effet, la récurrence du mobilier antique dans chacune des couches identifiées trouve un écho dans quelques découvertes passées (deux inscriptions, un milliaire, des tronçons de colonnes, etc.). malheureusement, la datation de ces éléments est le plus souvent malaisée, mais des vestiges du Haut Empire et du Bas Empire, sans plus de précision, sont présents. 
C’est toutefois l’occupation médiévale qui a laissé les vestiges les plus significatifs, cela depuis l’époque carolingienne au moins.

1. Une église pré-romane et son cimetière

La vision que nous avons de ce premier bâtiment observé est pour l’instant très incomplète et le plan impossible à restituer intégralement. Les murs sont constitués de galets de rivière liés au mortier de chaux, parfois positionnés en arête de poisson (opus spicatum). Les sol est fait d’une couche de mortier de chaux posée sur un radier de galets de rivière. Ce bâtiment doit sans doute être l’église mentionnée en 899, dont la fouille atteste le fonctionnement jusqu’au moins la fin du XIe siècle.

En outre, ses abords ont pu être explorés sur une petite superficie, néanmoins riche en sépultures. Il s’agit en effet d’une partie du cimetière paroissial, accolé à l’abside où l’on retrouve à juste titre des sépultures de jeunes enfants, toujours inhumés en pleine terre. Une tombe se distingue toutefois dans ce secteur par plusieurs caractéristiques. Il s’agit tout d’abord de deux adultes – certainement deux hommes – successivement enterrés dans une tombe maçonnée. Celle-ci est construite en galets de rivières laissant un espace de forme anthropomorphe, où la logette céphalique (zone où était située la tête du défunt) est délimitée par deux galets de rivière soigneusement disposés. Le squelette était par ailleurs accompagné d’une vase en guise d’offrande. L’estampille monétiforme apposée à trois reprises sur ce dernier indique que l’inhumation s’est effectuée vers la fin du XIe siècle ou le début du siècle suivant.

2. Une église romane

Le premier bâtiment laisse la place, environ trois siècles après sa construction, à un autre dont l’architecture et le plan sont bien différents. Il s’agit d’un édifice possédant une abside semi-circulaire en galets de rivière liés au mortier de chaux. De celui-ci, nous ne pouvons pas dire grand chose puisque les vestiges associés sont ténus. On peut simplement indiquer que la paroi interne porte encore, sur une trentaine de centimètres de hauteur, la trace de faux joints dessinés à la pointe de la truelle imitant le parement en pierres de taille. Ce type de décor est, en Roussillon du moins, caractéristique de l’art roman et surtout, semble-t-il, du XIe siècle. Cet édifice n’eut certainement pas une durée de vie très longue, certainement deux siècles. Il s’est ouvert en deux dans le sens de la longueur malgré le soin apporté à l’aménagement des fondations. Une fissure, large de dix centimètres et courant toute la hauteur du mur absidial rappelle ce funeste événement.

3. Une église du bas Moyen-Âge

Ce dernier bâtiment, daté de la fin du XIIIe ou du XIVe siècle est celui dont une portion est toujours en élévation, sur une hauteur d’environ quatre mètres. Il a été édifié directement sur les vestiges de l’église antérieure, dont elle reprend certainement les dimensions. Une partie de la fenêtre absidiale est encore conservée.

Le premier sol de cette église est là encore constitué d’une couche de mortier posée sur un radier de galets de rivière. L’emplacement de l’autel est marqué par la présence d’un petit podium permettant de le surélever par apport au reste du chœur. L’autel déplacé en 2002 y était directement posé. Dans cet autel, un reliquaire (contenant encore deux os humains) et une épitaphe avaient été posés sur un lit de feuilles de laurier au moment de sa construction. Cet aménagement, qui n’avait semble-t-il jamais fait l’objet d’observations archéologiques aussi précises, marque le caractère sacré de l’autel.

C’est cette église qui parviendra à peu près intacte jusqu’au XXe siècle, si ce n’est quelques aménagements postérieurs (ajout de chapelles latérales, agrandissements, etc.). Mais le peu d’intérêt pour le passé comme la nécessité impérieuse d’équiper le village en eau courante ont eu raison de ce monument multi-séculaire. Heureusement, les mentalités en la matière ont beaucoup évolué depuis quelques décennies et la prise de conscience de la préciosité du patrimoine local semble assurer sa pérennité et rendre possible des études archéologique et architecturale. Espérons que ces quelques mots ne sont que le début d’une longue succession de travaux permettant d’appréhender avec le plus de précision possible notre patrimoine local.